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Dictionnaire

Voici, réparties sur 3 pages, les 16 entrées du dictionnaire tirées de Journal inutile (tome 2) de Paul Morand.
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carpes | cinquantaine | complet | devenues | égoïsme | excellent | fantaisie

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carpes

Carpes d’un or éclatant, hors de la boue, écailles d’or bordées de noir, nageoires corail, de l’art le plus fin, des couleurs les plus exquises, comme dans l’art sung. Brochets, gardons, truites ; les poissons blancs meurent vite, tournent sur le ventre immédiatement ; les carpes, vingt-quatre heures. Vent nord-ouest glacial. Grand feu de bois, bûches noires, dessous rougeoyant, le haut noyé de fumée bleue. Les camions de marchands de marée arrivent de partout, on pèse (8 F le kilo) au sortir du bac, les chalands viennent tremper leurs doigts dans un seau d’eau chaude posé sur les bûches ardentes. Les tables gluantes grattées par les palettes visqueuses, entre deux arrivées d’épuisettes, lourde chacune de 20 kg de poisson. Odeur fade du poisson d’eau douce, de la vase ; l’eau des bacs bouillonne de vie, d’écume, traversée du saut d’agonie des poissons, sillonnée d’arêtes dorsales, de nageoires roses ou noires, battant l’air. Tous les vingt hommes, dirigés par E., qui travaille de ses mains rouges, allant du canal de dérivation à l’étang qui se vide et se déverse au fond du pré. (Apremont, ce jour.)

Paul Morand, « 11 février 1976 », Journal inutile, tome 2, Gallimard, p. 727.  +

carabes, trajets


D.F., 23/09/10.Commenter.
cinquantaine

Quand on pense à la cinquantaine qui guette les premiers hippies, le cœur se serre.

Paul Morand, « 16 octobre 1975 », Journal inutile, tome 2, Gallimard, p. 635.  +
D.F., 23/09/10.Commenter.
complet

Je ne me repose bien que si les autres travaillent ; autrement ce n’est pas complet.

Paul Morand, « 1er juin 1974 », Journal inutile, tome 2, Gallimard, p. 265.  +

indérangée


D.F., 26/08/10.Commenter.
devenues

Deuxième jour aux Hayes. Cerisiers du Japon en fleur blanchissent sous le soleil vertical, doublent leur effet rose au couchant, comme les pigeons-paons devenus des flamants. Azalées du Japon en fleur. Premiers lilas, fin des forsythias. Les arbres mutilés par la hache repartent par leurs branches les plus fines. Oseille en pleine force. Fin des magnolias. Les rosiers sont rouges, avant d’être verts ; ils commencent leur vie par l’automne. Les vieux buis reverdissent ; on déshabille les lauriers-sauce de leur plastique. On pique les chatons de deux mois contre le typhus des chats. Fin des narcisses. Les lavandes sont devenues des buissons.

Paul Morand, « 2 mai 1975 », Journal inutile, tome 2, Gallimard, p. 509.  +

effarvatte


D.F., 02/09/10.Commenter.
égoïsme

Hélène aura toussé pendant plus de quinze ans. Force du thorax. Huit années à appeler la mort...

« Donne-moi ta petite main... » Le besoin profond de tenir ma main pour vivre, pour se ramasser. Beaucoup plus qu’un geste d’amour ; sous un dehors léger, amical, un impératif.

Comme dans les derniers mois, doucement, elle battait l’air de ses mains, de bas en haut, comme, pour surnager, font les jeunes chiens.

Cette nuit, après avoir sangloté, j’ai eu un mot digne de Jules Renard : « Ça va me faire bien dormir. » (L’égoïsme pur.)

Paul Morand, « 18 mars 1975 », Journal inutile, tome 2, Gallimard, p. 471.  +
D.F., 02/09/10.Commenter.
excellent

Soleil à 9 h du soir, qui devient chaud vers 10 h. Ces crépuscules interminables comme on en voit d’avion, l’été, en allant en Amérique. La marée basse, les longues laisses noires des récifs noircis par le varech humide, qui n’ont jamais le temps de sécher, entre deux marées. Les bateaux échoués, qui dorment sur le côté, leur mât qui se relève du sable, avec le flot ; les caps, nez allongé comme crocodiles en sommeil, des îles apparaissent, insoupçonnées. À 10 h, un soleil rouge comme bombe atomique descend dans une eau calme d’étang ; où la marée va-t-elle trouver la force de se gonfler de 7 mètres de haut ; elle s’arrête au même endroit, excellent, au bord du sable chaud et blanc.

Paul Morand, « 22 juin 1975 », Journal inutile, tome 2, Gallimard, p. 555.  +
D.F., 06/09/10.Commenter.
fantaisie

Déjeuné à Pietro Ligure, par temps superbe, dans un château fort énorme, en ruine, du XVIe. Bœuf parfait. Rentré par l’autoroute à 140, perforant les tunnels à 100 ; me sentant comme balle dans un canon de fusil.

Ce qui tuera le communisme, c’est l’absence de fantaisie.

Paul Morand, « 26 avril 1975 », Journal inutile, tome 2, Gallimard, p. 505.  +
D.F., 02/09/10.Commenter.

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