Voici les 3 entrées du dictionnaire tirées d’Artistes sans art ? de Jean-Philippe Domecq.
aliénés | attention | miroirs
Être de rien qui, face au rien de ce monde, demeure sensible. Timidement. C’est que, même aliénés, contraints, nos sens et émotions veulent vivre ; quitte à se nourrir de ce qui les appauvrit.
La mort de l’œuvre a pu naître de la belle intention d’en finir avec la barrière entre l’art et la vie (d’où les happenings, body art, land art, etc.). Mais pour être généreuse, l’intention n’en est pas moins naïve, bornée. Car l’art n’est pas la vie, qui, elle, est imperceptible a priori : l’art est un moyen de percevoir la vie. Il faut une délimitation, un cadre — une forme — pour que notre attention soit disponible à la vie, et c’est cette délimitation qu’opèrent, et nous aident à opérer, ces choses qu’on appelait « œuvres ».
Autant d’allégories théoriciennes. Autant d’ « œuvres » qui n’ont pas fait plus qu’illustrer le discours critique qui les justifiait. Qu’il les précède ou les reçoive, ce type de discours critique a fonctionné en miroir par rapport au support appelé « œuvre » qui l’illustre et qu’il illustre : tels deux miroirs face à face, sans rien qui s’interpose ni déborde de la théorie prescrivant l’ « œuvre » en question.