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Dictionnaire

propose

« J’écris aussi loin que possible de moi » (du Bouchet). On comprend ce nécessaire écart pour sortir du narcissisme et du poème réduit à un jeu de miroir. [...] Ce n’est pas exclure le « je » mais seulement lui interdire de prendre toute la place. Refus de l’épanchement, du bavardage intime : il existe d’autres lieux pour ce faire. Le poème traduit une expérience du réel, certes ancrée en un lieu et un moment, mais travaillée jusqu’à son terme : la banalité d’une situation. Au départ, le poème est fortement chargé personnellement, dans une sorte de contre-attaque de langue sur l’émotion muette [...] ; à l’arrivée, il doit être autant que faire se peut un lieu commun, une rencontre et une possibilité pour le lecteur de s’y retrouver et de poursuivre son propre trajet intérieur en mémoire, cette « solitude empoisonnée de présences » (Camus). Le poème ne propose que l’électrification du champ de forces entre la sensibilité singulière et la réalité commune. [...] épurer l’anecdote tout en conservant aussi lisible que possible l’émotion qu’elle a provoquée. « Écrire ne serait, à travers les mots, qu’accéder peu à peu à cet anonymat » (Jabès).

Antoine Émaz, Lichen, encore, Rehauts, p. 91.  +
C.C., 04/03/10.Commenter.